Un centre de désintox numérique implanté dans une carrière
La recherche phénoménologique en amont du projet architectural s'est interrogée sur la capacité de l'architecture à agir comme espace-refuge dans le contexte de l'hypermodernité, marquée notamment par la dépendance numérique et l'accélération du temps. Dans cette perspective, l'être est compris comme fondamentalement incarné, le corps devenant le médium principal de perception et d'ancrage au monde. L'environnement architectural n'est ainsi pas neutre, mais agit directement sur les états émotionnels, cognitifs et sensoriels de l'individu à travers la notion d'atmosphère, comprise comme un champ affectif dynamique.
Cette relation réciproque entre corps et milieu forme une boucle continue où perception, mouvement et affect s'influencent mutuellement. À partir de ces fondements théoriques, le projet architectural propose un centre de désintox numérique implanté dans une carrière, choisie pour sa puissance atmosphérique et sa capacité à produire une rupture radicale avec les environnements hyperconnectés. Le site agit comme un dispositif de déconnexion sensorielle et temporelle, où la matérialité du lieu, sa profondeur et sa stratification géologique participent à une reconfiguration du rapport au temps et au corps.
Dans ce cadre, l'architecture ne peut être envisagée comme une solution totale aux enjeux contemporains, mais plutôt comme un dispositif capable d'initier des transformations sensibles. Elle devient un point d'ancrage permettant de soutenir une reconnexion au corps, à l'intériorité et, ultimement, au monde. Cette approche s'inscrit dans une pensée phénoménologique et dans la conception bachelardienne du refuge, où l'espace habité favorise l'intimité, le silence et la rêverie.
Le programme s'organise comme un parcours de réhabilitation combinant retrait, thérapie, activation corporelle et reconnexion collective. Il s'inscrit dans un processus de déconnexion et reconnexion où l'architecture devient un support dans la transformation des individus. En mobilisant le corps, la matière et l'atmosphère, elle cherche à restaurer une solitude positive, permettant ainsi une reconstruction du lien à soi et aux autres.